J’ai été une célibataire heureuse

4.Marilyn

J’ai longtemps vécue seule et en transparence sans en faire de cas. Je ne remettais pas en question qui j’étais, ni ceux que je rencontrais et dont je ne voyais pas d’issue possible. Je laissais les hasards me bercer sans brusquer quoi que ce soit.

Il n’y avait jamais ce réflexe de devoir compter sur quelqu’un, l’habitude d’être à deux un peu partout, gravir les épreuves à deux âmes unies. Ça ne cadre sûrement pas aux aspirations d’enfance où il était évident que je trouverais LA personne avant l’âge adulte et que l’on resterait toujours ensemble, que nous, on passerait au travers de tout. Aucune de mes aspirations sociales et amoureuses n’auraient pu prédire que j’aurais pris l’habitude d’une aussi longue période en solo, qu’en frôlant cette liberté je serais partie découvrir une petite partie du monde avec mon sac à dos et que je vivrais encore à ce jour en colocation avec trois amis garçons depuis deux ans, bientôt trois (eh oui!).

Pour certains, ça peut peser lourd de ne pas pouvoir partager d’émotions brutes à quelqu’un de près, et même dans ces instants d’orages où j’aurais aimé une oreille non loin, j’ai appris à remonter ça toute seule. Une éclaircie finit toujours par s’introduire dans la tourmente. Encore aujourd’hui, j’ai tendance à garder beaucoup pour moi, même si j’ai une épaule comme refuge. Je me rends compte qu’aimer me permet de vivre les émotions différemment, mais la vraie force se puise encore dans ma propre volonté. Personne d’autre n’enfilera mes souliers à ma place, mais on m’aidera peut-être à me tenir le bras pendant que je perds l’équilibre.

C’était aussi un petit combat de devoir se justifier chaque fois qu’on me demandait le comment du pourquoi. Comment était-ce possible qu’une jeune fille comme moi, susceptible de plaire peut-être, romantique et épanouie, pouvait encore être seule? Je comprenais l’envie d’apporter un changement à mon statut social, la fierté de mes proches que je sois au bras de quelqu’un qui aurait enfin de l’allure et ne plus entendre « Pis, t’as tu un p’tit chum à nous présenter? » durant les partys de famille.

À un moment où la vie me désorientait et où même la chaleur du printemps me semblait tiède, j’ai décidé de laisser en oubli l’énergie que je déployais à vouloir connaître d’autres visages qui ne me regardaient jamais vraiment dans les yeux au bout du compte . Car, on va se le dire, les déceptions se vivent autant en étant seule ou en couple, même si on est heureux au quotidien. Si l’amertume me pesait autant, j’avais peut-être besoin de provoquer un changement. C’est dans un élan de folie fusionné à l’incertitude du départ que je suis partie deux mois en Europe avec un sac à dos bien rempli à 22 ans. Ce n’est pas nécessairement si exceptionnel, ni forcément si jeune que ça. La beauté de ce trip ne s’est pas trouvée dans les paysages ou les escapades sans cartes ni repères, mais dans la surprise de découvrir mes possibilités. Toutes ces aspirations que l’on conserve secrètement mais dont on finit par mettre aux oubliettes par « peur de ne pas être capable ».

Je ne crois pas que j’aurais eu ce réflexe de partir aussi longtemps en étant en couple. Je ne serais peut-être même pas partie. J’aurais vécu peut-être plus, peut-être moins, je suis sans doute passée à côté d’évènements ou de hasards en vivant ainsi. Qui sait! N’empêche qu’après avoir vécu une telle libération intérieure, j’ai renouvelé l’expérience l’année dernière en partant presque un mois, encore seule. Même en couple, oui. Il faut dire que j’ai la chance d’avoir celui qui comprend que cette partie de moi qu’est l’aventure et la découverte culturelle est devenue presque un besoin ancré, vital. J’aurais envie de dire que de toute façon, personne ne m’imposera quoi que ce soit, mais quand on n’a pas les bases nécessaires et la confiance dans une relation, il manque une clé pour permettre cet épanouissement. Ça ne justifie pas nécessairement quoi que ce soit, mais ça freine un peu l’élan.

On devient son centre d’attention et on n’a qu’à penser qu’à soi quand on devient la seule âme à se préoccuper. Pas besoin de partager son pop-corn ou de se soucier des attentions. Pas besoin de justifier où l’on est et avec qui. Pas besoin de s’imaginer l’impossible quand l’autre ne répond pas au téléphone ou aux textos. Être avec quelqu’un que l’on aime, c’est de continuer d’entretenir son essence, mais laisser place à l’inexplicable quand ça émane du coeur. C’est être conscient qu’il y a quelqu’un qui est là, présent, qu’on a choisi et qui nous a choisi. De jongler avec certaines concessions et comprendre pourquoi elles ont leur place. On marche parfois sur des oeufs cassés en essayant de trouver la bonne personne et avoir le sentiment que ça n’arrivera pas. L’erreur arrive  lorsqu’on n’a plus à chercher et que l’on a trouvé, que l’on prend pour acquis qu’on n’a plus d’efforts à faire, qu’on n’a plus d’artifices à ajouter et que peu importe, l’autre restera là. C’est penser que l’on plane quand on joue sur la corde raide, en fait.

Notre génération est celle de tous les possibles, et dans mon paysage d’amis qui ont une couleur bien propre à eux, je connais des couples de longue durée encore amoureux qui ont appris à grandir mutuellement sans piétiner sur les ambitions de l’autre. Je connais aussi ceux qui se sont fanés et lassés, mais dont la peur de l’inconnu les aveuglent devant la porte de sortie. Il y a aussi le cercle vicieux des célibataires qui ne veulent pas s’engager et vivre indépendamment, mais qui finissent parfois par heurter autant les autres qu’eux-mêmes en jouant à la chaise musicale de visages en visages et de corps en corps. Il y a ceux qui s’affirment, heureux, malheureux, ceux qui se protègent des illusions, ceux qui se sentent assommés, ceux qui se sentent fort, ceux qui se disent The show must go on…Il y a une pression sociale qui persiste à nous faire croire que tout se vit à deux pour composer un avenir idéal et conforme. Les chansons d’amour répètent indirectement ce message que l’on n’est rien sans l’autre. On a existé avant de rencontre l’âme soeur pourtant, et c’est important qu’une relation nous définisse au lieu de nous oublier. Voilà pourquoi j’ai été sensiblement une célibataire heureuse et que ce parcours m’a mené aujourd’hui à une relation saine où le coeur a parlé à ma place. Je me suis trouvée et aimée avant de partager l’amour mutuel.  Aimer et s’aimer, quoi!

-M!

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