
Je n’ai jamais écrit pour écrire. Mon dernier article sur ce blogue remonte à plus de huit mois. Quand je ne me sens pas entière dans une inspiration, je n’insiste pas sur les mots. Les brouillons n’ont pas manqué, par contre! J’ai relu mon dernier article, soit « L’été de mes vingt-cinq ans », qui remonte au mois d’octobre dernier. Après avoir traversé un été de tempête, un élément m’avait laissé à réflexion pendant toute cette saison; la définition de la réussite. Je commençais à mettre le doigt sur un processus qui allait changer ma vie.
Mars.
Toutes les années se ressemblent pour ce mois inévitable de grands changements et de bouleversements. Et mai restera toujours un mois de malédiction, mais on repassera. Cette année, ce n’est pas nécessairement un « quelqu’un » qui a changé mon mois de mars et ceux à venir, mais bien des prises de consciences qui ne sont venues que de moi.
Pour une des premières fois de ma vie, je voulais moins.
J’étais à bout des excès et des abondances inutiles. Le stress du temps qui me rappelait que je devrais être plus « publique » pour mousser ma carrière, sentir que je devrais un peu renoncer à la simplicité pour donner une certaine valeur à ce que je fais. Je ne me suis finalement jamais habituée à l’idée que je devrais être au-dessus de mes affaires pour me sentir respectée. Je cherchais à me rapprocher du bonheur, en étant perplexe face à sa définition. Souvent, la définition du bonheur pour certains, c’était de réussir monétairement pour être suffisamment matérialistes.
J’ai remarqué qu’autour de moi, personne ne semblait jamais satisfait de rien…et moi non plus. Rares sont les fois où j’entends « Je suis heureux en ce moment. Vraiment heureux ». La vérité, c’est que le présent ne nous satisfait jamais. On peut juste porter un regard sur nos relations… Inconsciemment, on sait qu’il y aura toujours une fleur plus belle qui pousse non loin et dont les couleurs nous semblent plus attirantes, plus attrayantes. J’ai longtemps eu l’impression que la technologie nous donnait l’illusion que nous avons trop de choix, comme si on était passé d’une fleur à un bouquet en un clic. La vérité, c’est que c’est la personne derrière son téléphone qui maintient sa vraie intelligence sociale, qui fait le choix d’être présente ou pas dans la vraie vie.
Ces excès ont aussi fait naître le malaise de la superficialité trop présente. Assez pour faire ressentir une frustration de plus en plus douloureuse lorsque j’entendais seulement « T’es belle » lorsque je laissais quelqu’un se rapprocher un peu plus de mon âme. Peu importe que l’on me complimentais sur mon apparence, mes biens matériels, mes objets…je ne ressentais plus de plaisir à entendre les compliments qui semblaient se maintenir uniquement aux artifices. Je ne ressentais plus rien, en fait. Non pas que je n’apprécie plus de les recevoir, mais ils ne devraient pas justifier la raison d’une relation. Je pense que le déclic s’est fait à un certain moment où j’ai entendu la réponse que je ne voulais pas vraiment entendre à cette question: « À quel point m’aimerais-tu encore si demain matin, un accident me donnerait un tout autre visage? ». Un de mes professeurs de philosophie nous l’avait lancé dans un cours, et elle m’a marquée au point tel que je me suis surprise à la poser lorsque j’ai ressenti ce moment de doute.
C’était peut-être une question niaiseuse de fille avec peu de confiance à l’époque, mais j’avais envie de vomir. À ce moment-là, j’aurais voulu ne plus avoir aucun artifice. J’aurais aimé ravoir le visage de mon adolescence avec de l’acné jusqu’au cou, lorsque je me sentais invisible physiquement. Toutes les expériences et réflexions que j’avais acquises au cours des années, toutes mes batailles et mes implications, semblaient maintenant être secondaires. Je me sentais prise dans ce fameux pattern du « Sois belle et tais-toi ». J’avais beau avoir une parole et des mots, mais je semblais restreinte à n’être qu’un bel accessoire pour les autres, sans plus.
Les mois passent, et j’entretiens une lourdeur inexplicable en ce for intérieur. Un jour, je regarde par hasard le documentaire « The Minimalists » qui relate des histoires réelles de gens qui ont opté pour la simplicité volontaire, soit de vivre avec uniquement ce dont ils ont besoin pour apprécier réellement ce qu’ils ont. Vivre avec moins pour être plus heureux. Tourner la switch à off de leurs appareils pour être plus connectés avec les gens. Des gens qui gagnaient des salaires dans les six chiffres et qui en ont eu assez de vivre uniquement pour leurs chèques de paie, de s’acheter des choses pour combler un manque et se dire que c’était pour donner un sens dans un travail qui les rendait malheureux.
Vivre avec moins.
Le déclic s’est fait. Le film m’a ramenée à revoir l’essentiel et comprendre que 90% de mes choses ne me rendaient pas plus heureuse. Tout ce qui semblait en lien avec l’extérieur, la beauté et les artifices ne m’ont en fait jamais apporté de grande valeur. Les gens épris de leurs avoirs me laissaient complètement fade. Cela peut sembler contradictoire à mes métiers artistiques, mais j’ai compris que les seules choses matérielles qui m’apportaient un certain accomplissement étaient celles qui me permettaient de créer. En quatre jours, j’ai donné sept sacs remplis d’objets et de vêtements à des organismes et des amies en me posant la simple question à chaque objet « Est-ce que ceci m’apporte quelque chose? En ai-je vraiment besoin? ».
Je me suis mise à ne plus vraiment envier les belles maisons, les belles voitures, les gros salaires, même si, à la base, ça m’importait peu. Ça m’a juste importé encore moins. Je me permets de sourire des gens stressés et stressants qui veulent à tout prix avoir la nouvelle version X du téléphone X parce que c’est absolument nécessaire. J’ai enlevé tout ce qui devenait source de stress, d’envahissement et d’abondance; je me suis désabonnée de plein de comptes Instagram et Facebook. Je n’ai pas mis les pieds dans des centres d’achats depuis des mois, je me suis ramenée à l’essentiel au point tel que j’ai même remis en question mon alimentation et les produits transformés que je consommais. Ce n’est pas uniquement mon garde-manger qui a complètement changé, mais la philosophie derrière. Je n’ai jamais été en meilleure santé, et jamais été aussi heureuse je crois.
Le hasard a assez bien fait les choses durant les derniers mois pour que je rencontre des gens humainement connectés avec les autres. Des gens présents à 100%, passionnés et extrêmement généreux de leur personne. Je me sentais tout à coup extrêmement émue d’être regardée entièrement . J’ai changé un peu les passe-temps qui m’occasionnaient du stress inutile, où je restais par habitude et par principe. Je me suis investie dans des activités complètement à l’écart de ma zone de confort. Au travers de l’activité, j’étais surtout attirée par ceux qui ne laissaient aucun téléphone interférer une conversation, aucun attrait physique changer la perception des relations interpersonnelles et aucun bien matériel influencer le regard que l’on porte sur l’autre. Bien des gens vous feront croire qu’il ne faut pas se montrer trop humain pour gravir les échelons; c’est plutôt l’indifférence qui rend les gens tièdes. Je suis disparue un peu, et j’ai recommencé à vivre pour ce qui donnait un sens au terme « exister ».
-M!
P.S. Non, je ne me suis pas convertie à aucune religion! Haha!
J’ai lu ton texte avec beaucoup d’intérêts et d’émotions ma belle Marilyne !!
Moi ça m’a pris de me retrouver à 3 semaines de la mort et le cadeau d’une transplantation pour en arriver là !
Tu es jeune, tu as une belle vie devant et pas mal plus encrée dans les vrais valeurs intérieures.
Bravo et merci de partager
Bisous
Linda
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