Revenir après un long voyage

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Je viens de regarder mon calendrier. Aujourd’hui vient de passer une journée qui fut très banale à mon sens, mais toute date semble propice à me reconduire en arrière en me disant « Il y a un mois, j’étais là-bas! ». Il y a encore l’album « Coastline » de Geoffroy qui joue en trame de fond. Ce sentiment de grande nostalgie lié au déni de revenir complètement à la réalité, je le vis à chaque retour de voyage

« L’ouest », c’était un projet qui fleurissait depuis plus d’un an. Durant l’année qui a précédée ce voyage, il y avait aussi ce constat d’urgence de me rapprocher de valeurs nouvelles qui reflétaient moins le désir d’être au coeur de l’action, tout le temps. De ne plus vouloir autant, de ne plus vouloir trop. J’ai beau me résoudre à me dire que rien n’est plus beau que ce Montréal sans frontières, l’appel de l’ailleurs pour mieux revenir est toujours aussi tenace. Il y avait le désir profond d’effleurer cette nouvelle parcelle de moi qui n’avait plus la pression de se prouver. Ou de justifier mes choix de vie. Tout ce que je savais, c’était qu’à ce moment-là, dans ma vie, il n’y avait que de place que pour ce projet, et pour rien d’autre. L’ouest, je sentais que d’une manière ou d’une autre, je n’en reviendrais pas indifférente.

On peut prévoir son itinéraire à l’avance, mais on n’a aucun indice ni jeu sur les rencontres et les expériences qui s’en suivront. On n’a pas idée des émotions qui se vivront à la même intensité que le voyage lui-même. Avant mon départ, ma plus grande impatience était de rencontrer ceux dont je ne connaissais pas encore. Je partais les bras libres, sincèrement ouverts à l’inconnu. Le contexte fait bien sûr en sorte que ces rencontres ne sont souvent qu’éphémères. Avec l’expérience, je ne me fais plus d’illusions: je ne reverrai probablement jamais ceux qui ont laissé une trace importante dans ce voyage. Je me contentais de leur dire « All we have is now ». Le temps n’était pas aux promesses futures, mais à ce que nous partagions là, maintenant. Sans le savoir, ils se figeaient dans les souvenirs qui transcenderont les décennies de mon âme.

La bonté humaine n’a cessé de m’étonner. J’en étais émue, parfois. Tout le monde voulait toujours me rendre service, m’aider à sa façon. Que des gens m’invitent sans hésitation à un souper dans leur cour arrière, que des amis d’amis me fassent découvrir volontiers leur ville de coeur, que l’on m’aide à m’intégrer…J’ai été émue de cette spontanéité qui semblait si simple, mais pourtant difficile à trouver lorsqu’on a les pieds joints dans son confort qu’est le chez-soi.

J’aurai fait le choix de ne pas tout narrer sur mon blogue de voyage, même si je vous ai ouvert des portes de mon quotidien dans ce contexte. Il y a cette sensibilité, tous mes sens évoqués et leurs bousculades que j’aurai vécu là-bas, seule ou avec des amis de passage. Je savais pertinemment qu’en les vivant, ils m’appartenaient, mais qu’ils s’immisceraient surtout dans ces souvenirs qui perdurent à travers les années, positivement parlant.

Il y a eu ce constat qu’en étant aussi près de la nature, on sent davantage les conséquences de l’environnement, du changement climatique et des habitudes humaines qui sont liées au détriment de nos propres terres. À travers les animaux terrestres, les espèces marines et même de l’humain. En habitant dans la ville, loin des espaces verts, on a moins une confrontation directe des conséquences négatives de nos actions. Et là, je le voyais: des ours qui désertaient leur propre espace dû à la chasse illégale. Des tortues de mer qui mouraient dans les océans à force de confondre les sacs de plastique avec des méduses. La destruction d’arbres et d’espaces verts pour des intérêts commerciaux. Ça ne m’a pas seulement choquée de voir tout cela en face à face: ça m’a crié l’état d’urgence. J’avais seulement envie de dire « Mais qu’est-on en train de se faire? ».

Être « seule », ce mot qui semble évoquer un grand vertige auprès de tant de gens! Je mentirais en disant que j’ai fait des rencontres exceptionnelles à chaque arrêt. J’ai appris à accepter le fait que malgré toutes mes intentions les plus sincères, je n’aurais aucune garantie que l’on veuille de ma compagnie, partout et tout le temps. Que ces moments-là, où la tête ne converse qu’avec elle-même, sont pourtant ceux où elle prend enfin son souffle. Et ce sont dans des instants inopinés, dans ces détours et imprévus, que l’on va à la rencontre des autres. Au fond, être « seule », c’est l’être de temps à autres, en être suffisamment forte pour l’accepter et devenir aguerrie lorsqu’on laisse finalement le portail ouvert à autrui. Après quatre voyages en solo, je ne puis que me remémorer ce premier, où une amie avait annulé notre projet de voyage en terres françaises (sans rancune!). J’étais déjà rendue là-bas avant d’y être. Décider d’aller au bout de mes efforts aura été le plus grand élément déclencheur pour réaliser que je pouvais être plus entreprenante que je ne le pensais, malgré tous les malgré.

J’ai hâte au jour où l’on cessera de mettre autant de barrières aux femmes qui rêvent de ce genre d’indépendance. Non seulement les gens semblent avoir peur pour elles, mais on sent surtout qu’ils veulent qu’elle aient peur. Et quand elles répondent par la négative à tous ces barreaux, elles dérangent dans la mentalité populaire. Tout est un risque, à partir du moment où on met le pied en dehors de chez-soi! Autant de hasards et d’imprévisibles sont possibles, peu importe sa direction. Être une femme n’est pas un handicap, et sûrement pas lorsque l’on concrétise une curiosité comme celle-là! Il ne m’est personnellement jamais rien arrivé de grave. Il n’y a pas de meilleur secret pour partir à la découverte du monde, seul(e): c’est de se faire confiance, et qu’on leur donne confiance!

« L’ouest », c’est ce projet qui s’invente en songes lorsque les souvenirs remontent. Une belle poésie qui m’a accompagnée. Le rapprochement encore plus sincère auprès des mots, la passion de l’écriture qui me parlait. Il me semblait qu’avec autant de vécu condensé en si peu de temps, les mots venaient à moi et flottaient si naturellement. Le sentiment de fierté d’avoir entrepris avec autant de volonté ce but-là. La fierté de cette assurance aussi, qui croît après chaque périple, même s’il me reste encore des frasques à trouver. Ma plus grande surprise fut toutes les réponses apparues à ces questions que je ne me posais même pas avant. Oui, ce fut le plus beau voyage extérieur et intérieur! Quand je pense à un seul mot qui pourrait résumer tout ce que j’ai vécu, il n’en tient qu’à celui-ci: nécessaire!

-M!

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Crédits photo: Nicolas Paquet

 

 

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