
Partir.
Ce mot d’une grande résonance, d’une grande portée. Ce mot qui n’entend que les échos, la folie et ses appels. Il était en moi, ce mot, depuis toujours. Depuis la première fois que j’entendis les récits d’ancêtres aux histoires plus modernes de ceux qui ont tout sacré là un jour et ont pris des risques.
Il existait, ce mot, un peu enfoui. Je ne savais juste pas encore comment lui donner justice. J’aurais voulu puiser ce courage-là plus jeune, au début de ma vingtaine. J’avais juste acquis la maturité de voyager en solitaire sans vraiment penser plus loin. Je partais et je revenais, et c’était suffisant. Je revenais dans ce quotidien et ce confort qui m’empêchaient un peu de faire le move. Maintenant, je veux voir le monde, dans tous les sens du terme. Et rester cloîtrée dans mon confort d’ici, ce n’était pas la réponse. Pas la mienne et pas pour maintenant, du moins…
Quelques mois après mon retour de voyage dans l’ouest l’an dernier, j’ai été saisie, un jour, par cette idée qui ne m’a jamais quittée depuis. Et si je quittais tout ici pour recommencer ailleurs, sans durée déterminée? Cette réflexion prenait de plus en plus de sens à mesure que le temps avançait. J’avais toutes les ressources pour le faire: la confiance d’être laissée à moi-même acquise durant les six dernières années, la maturité financière, la santé et peu d’attaches ici. Je n’avais pas vraiment d’excuses pour ne pas le faire. Pour la première fois, j’ai été saisie par le sentiment que j’avais enfin assez de guts pour le faire. « Faut avoir du guts pour faire ça », comme mon père disait depuis des années, et dont il m’a répété lorsque je lui parlais de mon projet. Je l’ai regardé dans les yeux cette fois en lui disant « Je sais que je l’ai trouvé ».
Je n’ai pas renouvelé mon bail. J’ai vendu tous mes électros, désencombré le plus que je pouvais en ne gardant que le strict minimum qui repose maintenant dans un entrepôt, depuis plus d’un mois. Discrètement, j’ai eu le temps de dire au revoir à mon Montréal de coeur. Mon corps a été suffisamment insurgé de caféine (je n’en bois pratiquement jamais!) pour la prochaine année, dû à tous ces cafés partagés avec vous avant mon départ! J’ai veillé tard dans les rues du vieux-Port, flâné dans le Mile-End…comme cette urgence de me remémorer tout le meilleur de Montréal, et pourquoi je sais que j’y reviendrai toujours, d’une manière ou d’une autre.
On dit souvent que plus on prend de l’âge, et plus on se crée un confort qu’on n’est pas prêt à céder. Ce que je comprends. Ce que j’ai cependant réalisé, dans mon cas, c’est que c’est devenu tout l’inverse. Plus je vieillis, et moins j’accorde d’importance aux apparences, au grand confort. J’ai réalisé même qu’au cours de la dernière année, mes choix de vie marginaux, qui m’ont souvent donné le sentiment de vouloir me mettre mille pieds sous terre lorsque je comparais avec « les autres », n’ont pourtant eu aucun impact sur mes relations. J’ai réalisé ça n’avait pas d’importance pour mes proches et même les nouvelles (bonnes) relations, que je sois différente et parfois à l’inverse du mode de vie traditionnel. Pas de jugement du fait que je sois heureuse de vivre avec peu et que je m’en contente. C’est correct de ne pas fitter toujours dans le moule et faire les choses autrement, comme on le sent, au moment que l’on veut. Tant que l’on ne change pas nos valeurs et nos fondements et que l’on reste intègre à soi, peu importe où. Que l’on transporte dans nos valises notre amour-propre, ici ou à des kilomètres ailleurs. C’est tout ce qui importe pour les gens autour de moi.
Prendre un « risque » comme des milliers d’autres jeunes l’auront fait n’a rien de nouveau, mais je réalise aussi le nombre de gens qui se sentent interpellés par des rêves d’ailleurs en se retenant de le faire. C’est un peu comme l’idée du voyage: j’ai eu le chance de voyager seule en ayant la confiance dès le premier voyage, comme d’un naturel. C’était ma cousine qui m’avait inspirée, ayant fait un long voyage en Angleterre en solitaire à l’âge de vingt ans. En suivant un peu ses pas, je n’aurais jamais imaginé qu’à mon tour, plusieurs amies et connaissances ont été inspirées par mon parcours et l’ont fait aussi, confiantes que ça pouvait bien fonctionner. C’est une belle chaîne d’inspiration qui se crée et qui se transmet de personnes en personnes. C’est beau à voir. On voyage seules et on sent cette solidarité entre femmes à travers les fuseaux horaires.
Il y a deux ans et demi, alors que j’apprenais les fondements du minimalisme, ma vie a prit un autre tournant, drastiquement: j’ai arrêté de surconsommer, j’ai changé mon alimentation, je me suis mise au sport, et j’ai reconsidéré beaucoup de relations. La dernière étape était de « lâcher prise », une idée que j’ai apprivoisé peu à peu. En lisant un livre sur le sujet, je savais que ce lâcher prise, pour moi, c’était de faire ce move-là, parce que l’idée traînait inconsciemment depuis des années. Je me suis simplement demandée ce qui me retenait vraiment de le faire. Si c’était mon bel appartement qui m’empêchait d’aller ailleurs, je savais que la raison était ridicule considérant le fait que je n’accorde pas d’importance aux objets physiques. Je n’avais qu’à tout entreposer pour me sentir réellement libre et partir à zéro. Ce serait facile de penser que tout ceci s’est fait facilement et sans efforts: on veut souvent ne voir que la point de l’iceberg alors que le reste est un lot de sacrifices financiers, émotionnels et relationnels pour finir par en arriver là.
C’est donc l’appel du calme de l’ouest, la connexion des grands espaces et l’environnement que j’ai connu à l’automne dernier qui me fait revenir en Alberta, mais dans un contexte différent. Ma partie préférée des nouvelles aventures, c’est partir à la découverte des autres. Je veux revenir à cette proximité-là avec eux dans un contexte de travail, dans un domaine totalement différent de tout ce que j’ai pu toucher auparavant. Je ne renonce pas à ce que j’ai fait, mais changer d’air et se risquer à quelque chose de nouveau, ça fait travailler l’esprit, l’orgueil et ses repères.
Je ne sais pas comment tout ceci se passera ni combien de temps j’y resterai. Je sais que l’appel de Montréal se fera entendre, mais je ne sais pas quand. Je ne connais pas personne dans la ville où je m’installe, mais ça ne me dérange pas du tout. Je ne sais pas grand chose et c’est exactement ce que je souhaite: ne plus être autant organisée qu’avant et être laisser le hasard faire son travail. Vivre tous les possibles. Tout ce que j’ai maintenant, ce n’est qu’une seule valise et un petit sac à dos. Et je peux vous dire, le sentiment de légèreté que ça procure de n’emporter que le strict minimum, ça procure une belle liberté d’esprit! Je sais déjà que ça en vaut la peine.
Au revoir Montréal!
-M!