Le huis clos des rocheuses

Je n’ai pas ré-écris sur ce blogue depuis mon move dans les montagnes, il y a déjà deux ans. Il me semble que le moment de mon départ, à partir le coeur brûlant d’espoir et de rêves contenus dans une seule valise, me semble loin à des millénaires.

Banff. Deux ans de vécu dans cette petite ville où je pensais n’y rester que pour une saison.

Elle m’a trappée dans ses rochers de caractère et ses lacs d’émeraude.

Tellement de hauts et de bas qui s’y sont créés.

La vérité, c’est que j’avais beau m’imaginer la vie ici avant d’y être, je me rends compte au final que je ne savais rien. C’était sous-estimer le pouvoir des rocheuses et la séduction qu’elle a eue sur moi. Parfois, les mots dansent tout seuls quand on veut résumer le vécu de cet environnement…

C’est l’isolement dans un huis clos naturel, l’orange de l’aube qui transperce le matin. Le cri du coyote dans la nuit. Le parfum des conifères frais et du crépitement de l’épinette. Le clair de l’eau et son goût pur. Le train peu timide.

Si loin de l’énergie de la ville où les grandes tours engouffrent parfois la lumière.

Une ville de roulement. Des visages répétitifs durant quelques ivresses nocturnes. Le soudain vide des départs. L’habitude de ses fréquences. Les grands sensibles qui tombent dans la gueule du loup.

L’engrenage des amitiés éphémères.

Puis l’amour qui foudroie. L’histoire de tous les impossibles qui devient pourtant la plus belle. Le premier qui a su si bien me lire au-delà des artifices. Le matin d’adieu et l’étreinte incessante. S’envoyer des échos au travers des saisons. Les décalages qui viennent à bout de notre histoire. L’injustice ressentie.

L’hiver serein et son adrénaline des pistes. La culture du ski au travers d’une ville sous son hypnose. Les soirées autour du feu. Les lèves-tôt et les premiers qui se tracent sous la neige fraîche. Les cotons ouatés et les couvertures qui traînent. Sous la neige je vais hiverner, comme disait Félix Leclerc.

Une ville où le piédestal n’existe pas vraiment. Égalitaire à tous. Une mentalité non-carriériste où la qualité de vie devient prioritaire. Des attentes et des pressions en moins. Les questions contrariantes sauvées.

Les nuits folles où l’on valse à même la rue principale. Errer sous l’influence de nos excès. Les heures tardives où on lève encore son verre. Nos visages découpés par le bleu des projecteurs. Des premières fois encore pour beaucoup. Entre le pouvoir, l’attraction et les maladresses.

La beauté de ralentir. Être plus calme que je ne le pensais. Grandir doucement ici sans vraiment vieillir. Banff et l’éternelle jeunesse.

Un peu, beaucoup de tout ça.

-M!

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