
Lors de mon article sur Banff l’an dernier, j’ai adoré l’univers poétique et les mots qui coulent dans lequel je l’ai composé et je ne m’en suis pas encore complètement détachée. Au cours de mes derniers mois à Banff, en me promenant à travers la ville et les ruelles qui ont construit mon histoire durant mes trois années ici, tous les souvenirs qui me sont revenus se sont inscrits dans mes notes et ont donné lieu à ce billet qui résume bien l’univers un peu irréel dans lequel j’ai vécu…
Banff. Entre cette vie que j’ai choisie et qui m’a ensuite choisie. Les allers-retours Montréal-Banff que j’ai arrêté de compter. La musique de la nature et le craquement des bûches dans la cour arrière de cette maison. L’écho du train sur les rails. Les wapitis qui m’ont escorté durant mes marches à l’aurore. Le roi de la forêt et ses cornes.
La ville des sweat-shirts et des tuques quatre saisons. Les veillées à faire des jams & poker dans un sous-sol d’appartement. Les soirées d’été à se commander du Ramen Arashi et en manger au bord de l’eau avec la montagne Rundle en arrière-plan. Les « Sunday Funday » à danser et jouer au bowling au « High Rollers », où tous les locals de banff se donnent rendez-vous.
L’histoire de coeur et le croisement des improbables. Tu auras pardonné mes ridules plus creuses que les tiennes et l’argent de mes cheveux qui arrivera un peu avant toi. Ton audace et ton savoir. Ta main qui a voyagé jusqu’à la mienne, si doucement. L’affliction de ton départ. L’histoire de Banff qui aura résonné le plus de mon passage. S’en est découlé quelques printemps, des fuseaux horaires et d’autres histoires depuis. Je te souhaite aujourd’hui de recevoir l’amour que tu mérites, pour celles et ceux que tu aimeras.
Le son des skis qui tranchent la neige dans un virage. La magnificence de l’hiver qui déferle le long de la pente d’Eagle Creek à Sunshine Village. Les cidres chauds en après-ski. Les matins à descendre les quatre étages de mon immeuble d’appartements avec les skis sur les épaules et mon éternel petit sac orange. Sept mois d’hivernage.
Ma réalité bilingue. Les rencontres fortes issues de celle-ci. La découverte de soi dans une autre langue. Nous sommes toujours une personne différente dans une autre langue, n’est-ce pas?
Les balades en voiture à longer les lacs Vermillion à 20 km/h, les cheveux qui volent à se faire appeler «my girl ». Les détours en voiture à flâner pour rien et installer la couverture sur tous les quais de notre chemin. Mais les violences de ces histoires passionnelles. La disparité sans signal. L’infraction et l’irréparable soirée des éclats. La main que l’on m’a tendue le jour où j’ai complètement touché le fond dans le plus grand des silences.
L’automne de trois semaines où les touristes redonnent un peu la ville à ceux qui y vivent. Les levers à l’aube pour la randonnée de l’avant-midi. Pendant que l’on peut encore admirer l’azur du Lac Moraine sur le sentier tout en haut, entre quelques coloris de feuilles jaunes. Le café encore chaud que l’on a préservé pour la vue.
Le contraste avec l’aspect impersonnel des grandes villes. L’aspect sympathique d’une petite localité avec une communauté d’entraide plus grande que nature. Les beaux êtres magnanimes qui la composent. Une solidarité sans égal.
Les montagnes de Banff et les secrets qu’elles renferment. Les aveux confessés. La valse du regard et l’impact des mots. Des pas de danse qui ont dévié de l’axe. Un déséquilibre entrecroisé. S’éloigner de l’enlacement même s’il n’a jamais paru aussi naturel et symétrique.
Les amitiés qui construisent la maison qu’on n’a plus en venant ici, les fondations que l’on crée. Des êtres venus seuls ou presque en recherche d’un semblant de famille. Se réinventer à travers ceux que l’on a rencontrés par hasard. Des joueurs que l’on gagnera et de nombreux que l’on perdra en cours de chemin, à coups de saisons. On ne gagne jamais totalement. Il faut avoir le coeur solide pour en encaisser autant, de départs. Le mien a fini par craquer…
À travers l’expérience parsemée de difficultés, mais surtout de moments remarquables, j’ai mis fin à un des chapitres les plus marquants de ma vie qui ne devait durer que le temps d’une saison au départ. Je ressens encore les échos des montagnes et leur calme résonne même dans la jungle de la grande ville. C’est ce qui fait qu’au fond, je ne me sens jamais vraiment loin…
-M!