L’été des métropoles

Montréal, l’été. Le mien et celui des autres, à quelques décennies d’intervalles…

Les veillées à traîner un carnet de poésie aux comptoirs des bars. Quelques gouttes de blanc pour raviver les souvenirs. Des mots qui dansent et m’abreuvent. Une encre coulée sous une main inspirée. Le sourire en coin de la barmaid. Le verre offert pour semer quelques vers.

Les balcons d’appartements tapissés de plantes qui s’écroulent. Les rues du plateau où les arbres se frôlent et s’embrassent. Les junkies d’endorphine sur deux roues. Quelques ridules nées des rayons. Les pattes d’oie, tatouages des hilarités.

Les échanges fades à chercher le mystère de l’autre. Creuser pour des bribes. Brûler pour quelques rimes. S’enflammer pour du vent. Le romantisme calciné.

Le carnet enflammé lorsque les émotions paralysent. Faiblir pour des boucles d’or et des yeux doux. Fondre pour un creux d’épaule ou d’oreille. Les accroires si bien ficelés. Le cycle des pléonasmes. Devenir toute petite dans un grand mutisme.

Meubler l’espace et les silences. Les couleurs chaudes du nouvel appartement. Les boisés réconfortants. Le craquement des vieux planchers en trame. L’odeur d’un café pimenté dans un matin calme. Les cheveux d’épice attachés maladroitement. Une routine décousue.

Les projets féconds de la jeune vingtaine sur la terre encore fertile de l’innocence. Flâner avec la pureté de vouloir refaire le monde, quelque part sur Masson. Pendant que tous les rêves encore vierges se cultivent. Avant que le rythme effréné ne vienne les déflorer. Mûrir dans la gueule du loup à petit feu.

L’été des seize ans et les battements pour un amour d’adolescence. Errer les artères sans but précis. Les jupes effleurées par la brise. Les cils peints pour un hasard provoqué. Le baiser volé et la rougeur au visage. Partir le coeur hurlant. Sourire à pleins poumons.

-M!

Crédit photo: Nicolas Paquet

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